C'était la veille de Noël dans le petit village, et tout était prêt. La neige recouvrait les toits comme du sucre à glacer. Des guirlandes de lumières faisaient le tour des balcons. Et sur la place du village, le grand sapin portait ses boules rouges, ses rubans dorés et ses petits bonshommes en pain d'épices.
Il ne manquait qu'une chose.
Tout en haut du sapin, là où l'étoile brillait chaque année… il n'y avait rien.
— Le vent l'a emportée hier soir, avait expliqué Papa au souper. On la cherchera demain.
Éloi, lui, trouvait que demain, c'était bien loin. Un sapin de Noël sans étoile, c'est comme un gâteau de fête sans chandelle.
Il était couché depuis longtemps. Il avait compté les moutons, puis les rennes, puis les flocons. Rien à faire : ses yeux restaient ouverts.
C'est alors qu'il a entendu un petit toc, toc à sa fenêtre.
Éloi s'est approché sur la pointe des pieds. Sur le rebord givré, une petite boule de plumes blanches le regardait avec de grands yeux jaunes. Un harfang des neiges. Un tout jeune, si duveteux qu'on aurait dit un nuage avec un bec.
— Bonsoir, a dit la petite boule de plumes à travers la vitre. Je m'appelle Frimas. Je sais où est tombée l'étoile du sapin. Mais je suis trop petit pour la rapporter tout seul.
— Tu sais où elle est? a chuchoté Éloi. — Dans la forêt des rêves. Retourne dans ton lit et ferme les yeux. Je t'attends là-bas.
Éloi s'est glissé sous sa couette. Il a fermé les yeux, juste une seconde. Et quand il les a rouverts, il marchait dans une forêt toute blanche, bien emmitouflé dans sa tuque rouge et son manteau bleu, avec Frimas qui voletait devant lui.
Les sapins portaient des manteaux de neige. Les étoiles du ciel étaient si nombreuses qu'on aurait dit qu'elles se tenaient par la main. Et sur la neige, il y avait un petit chemin de brillants argentés, comme si quelque chose de lumineux était passé par là.
— Suis les brillants, a chuchoté Frimas.
Ils ont marché longtemps, sans bruit. Crouch, crouch, faisaient les bottes d'Éloi dans la neige. Frou, frou, faisaient les ailes de Frimas.
Au bout du chemin, au pied d'un vieux sapin, ils l'ont trouvée.
L'étoile était couchée dans un banc de neige. Elle ne brillait presque plus. Juste une petite lueur pâle, comme une chandelle sur le point de s'éteindre.

— Elle est fatiguée, a dit Frimas tout bas. Une étoile, ça brille avec les beaux souvenirs. Et elle a eu froid toute la nuit.
Éloi s'est agenouillé près d'elle. — Comment on la réchauffe? — En lui racontant tes plus beaux moments de l'année.
Éloi a réfléchi. Puis il a commencé, doucement.
— Cet été, j'ai sauté dans le lac avec Papa. L'eau était tellement froide qu'on a crié tous les deux.
L'étoile a brillé un tout petit peu plus fort.
— Cet automne, Grand-maman m'a appris à faire des biscuits. J'ai mangé trois morceaux de pâte avant qu'ils soient cuits.
L'étoile a brillé encore un peu.
— Et la semaine dernière, ma petite sœur a dit mon nom pour la première fois. Enfin… elle a dit « Léli ». Mais c'était moi.
Cette fois, l'étoile s'est mise à briller si fort que toute la forêt est devenue dorée. Les sapins scintillaient. La neige étincelait. Même les plumes de Frimas brillaient comme de la poudre de lune.
— Tu as réussi! a hululé Frimas.
Frimas a pris l'étoile entre ses petites pattes, Éloi l'a soutenue de ses mitaines, et ensemble, ils l'ont rapportée jusqu'au village en suivant le chemin de brillants. Sur la place, tout dormait. Frimas a battu des ailes, très fort, et il a déposé l'étoile tout en haut du grand sapin.
Elle brillait comme jamais.
— Merci, Éloi, a dit Frimas. Maintenant, tu peux dormir pour vrai.
Éloi a bâillé. La forêt est devenue toute floue, toute douce… et il a senti son oreiller sous sa joue. Par la fenêtre, tout au loin, une étoile dorée brillait au sommet du sapin.
Le lendemain matin, c'était Noël. Tout le village parlait de l'étoile revenue toute seule pendant la nuit, plus brillante que jamais. Personne ne savait comment.
Sauf Éloi.
Parce que sur le rebord de sa fenêtre, dans le givre, il y avait une toute petite plume blanche.
Joyeux Noël, et bonne nuit.


